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Agni et Soma - Le Sacrifice cosmique

abclaes
il y a 12 heures
7 min de lecture


Un rituel du Sacrifice


Les Védas sont principalement axés sur l’usage ritualisé de sacrifices. Qu’ils soient pour un usage domestique, religieux ou solennel, ils marquaient régulièrement les temps forts de la vie des individus et les accompagnaient de leur naissance jusqu’à leur mort.

Les sacrifices se déroulaient généralement en plein air, car il y avait bien évidemment toujours un feu sacré qui brûlait à l’air libre. Il n’y avait donc pas de temple ou de lieu clôt pour l’usage de cette activité. Les rituels sacrificiels ont été enrichis au fil du temps pour atteindre un niveau de complexité invraisemblable et jamais égalée dans la liturgie des religions humaines. Ces rituels complexes étaient élaborés et effectués par les brahmanes à l’initiative d’un riche commanditaire et parfois même d’un roi. Durant cette époque ancienne, les rois (raja) commandaient de grands sacrifices pour s’accorder les faveurs des Dieux et des Déesses. Ils espéraient ainsi la réussite de leur conquête guerrière ou encore la victoire sur leurs ennemis héréditaires. Ces grands sacrifices mobilisaient des dizaines de prêtres et des centaines de participants, ils se déroulaient aussi bien le jour que la nuit et pouvaient durer plus d’une année entière.


Les sacrifices avaient comme visée une ou plusieurs divinités du panthéon védique ancien : Prajapati, Indra, Mitra, Varuna, Vishnu, Agni, Kama, Rudra, Surya, Soma, Aditi, Ushas, Ratri etc...

Il s’agissait de s’accorder les faveurs de ces Dieux et de ces Déesses en échange

d’offrandes jetées dans le feu ou servies à l’adresse d’une statue représentant l’effigie de la divinité (murti).

Au-delà de l’aspect formel et religieux des sacrifices, les sages avaient compris que la vie est faite sacrifice. En vérité, rien n’échappe au cycle de la prédation, à la consommation des nourritures jetées dans le feu digestif. Cela est à ce point véritable que même sans alimentation, le feu de notre propre digestion continue de brûler. Faute d’être alimenté en nourriture, ce feu brûlera tout d’abord les graisses, puis il s’attaquera aux muscles et enfin il provoquera la mort

par auto-combustion.


La manifestation toute entière peut ainsi se concevoir comme un vaste sacrifice avec d’une part le feu dévorant (agni) et de l’autre la nourriture jetée en oblation (soma). À ce niveau cosmique, le feu est ici l’ardeur (tapas) de l’Être cosmique désirant se connaître, et la nourriture jetée en pâture est Sa propre nature inerte et opaque (jada). De ce sacrifice cosmique et de cet effort,

l’Être se dévore Lui-même ! Étant le socle illimité, la seule cause de toute la Réalité, Sa principale activité est ainsi de dévorer le Temps (Bhairava). C’est de ce sacrifice que naît l’énergie de Conscience qui éveille l’Être à Lui-même et cela est proprement subjuguant car elle engendre la Vie, l’épreuve de l’existence consciente et lumineuse. Il n’est rien au dessus de ce sacrifice car il procure spontanément chez l’Être la sensation propice de sa nature immense. L’Être devient ainsi comme le patient de Lui-même, son énergie de conscience (Cit śakti) engendrant et soutenant toutes les autres : Félicité (Ānanda), Volonté (Iccha), Connaissance (Jñāna) et Activité (Kriya) jusqu’à la création des êtres et de tout l’Univers (tattva).


Ce sacrifice exerce ainsi une énergie consumante de Lui-même, un incendie propageant une alchimie savante au sein de sa Nature inconsciente et inerte. Il engendre la lumière déchirant les ténèbres, la connaissance par-delà la nescience. Cette transformation provient de sa Nature métamorphique qui fait apparaître comme à l’extérieur ce qui est ressenti intensément à l’intérieur de Lui-même. Cette réflexion toute intérieure fait ainsi passer du non-être à l’être, de l’ombre à la lumière, du sans forme à la forme, du non manifesté à la manifestation toute entière.


L’être épris de Lui-même assume aussi bien l’existence des êtres mobiles et immobiles, il est présent aussi bien dans le sujet que dans l’objet, aussi bien dans le feu que dans la nourriture.


Agni le Soleil


Iccha Shakti est l’énergie de volonté de l’Être Cosmique engendrant le feu, elle est ainsi à l’origine du Soleil qui nous éclaire et fonde la vie sur notre Terre Mère. Cette énergie correspond au désir irrépressible de l’Être Cosmique de déchirer l’obscurité primordiale afin de pouvoir se mirer à ses propres yeux et découvrir ainsi toutes les formes et les couleurs contenues en son sein. Cette énergie est pure passion, volonté incommensurable d’expression de Soi, dévorant des millions de matière gazeuse dans un incendie d’Amour engendrant sa propre Connaissance.


À un niveau phénoménal et individuel, Iccha Shakti est relié à tapas, l’ascèse yogique qui brûle les conditionnements hérités des actions du passé et y compris des vies antérieures. Par le feu de la discipline yogique, l’adepte élimine les scories des traumatismes et mémoires qui bloquent et empêchent l’énergie de circuler harmonieusement dans tout le corps subtil. Tapas engendre ainsi une plus grande clarté de l’esprit, permettant la discrimination et une vue plus large sur la Réalité.


Iccha Shakti est également relié à ojas, la vitalité profonde de l’individu. Cette énergie

développe la volonté et la fermeté de l’esprit. Elle renforce l’aura d’autorité naturelle de l’individu lui octroyant une force intérieure et une meilleure confiance en soi. Ojas assure la résistance physique aux maladies, la longévité et la force du système nerveux. Sur un plan subtil, il procure un sentiment de paix et permet de traverser la vie sans résistance ni friction inutile.


Soma la Lune


Jñana Shakti est l’énergie de connaissance de l’Être Cosmique engendrant l’eau, elle est ainsi à l’origine des fluides qui inondent les terres et remplissent les mers et les océans. L’eau pure est transparente comme peut l’être la Conscience réifiée en pure sapience. Elle se charge de tous les minéraux et garde la mémoire de tout ce qui se trouve en son sein.


Jñana Shakti est reliée à la Lune qui influence les marées et les cycles menstruelles, elle est également associée à la nature de l’amṛta, la liqueur d’ambroisie céleste. Il s’agit d’un fluide subtil, une eau fraîche et bienfaisante produite dans le corps lors de la méditation profonde. Elle est également le nectar d’immortalité ou la connaissance de l’Atman, le Soi profond, véritable identité de tous les êtres.


Au niveau individuel, elle est la capacité de savoir, de comprendre, de percevoir la réalité et de faire preuve de discernement. En chacun de nous, elle représente la faculté de penser, de reconnaître, de se souvenir et de trouver des solutions justes.



Amākalā


Amākalā dans l'hindouisme représente la 16eme division subtile de la Lune incarnant

l'excellence du Nirvana chakra. Elle représente une énergie liée au vide et à la conscience supérieure. Elle permet à l’adepte d’explorer les dimensions spirituelles profondes de l’être et d’atteindre l’illumination.


La tradition indique que le mouvement de la Lune régénère continuellement l’univers. La Lune est la forme visible de la source divine d’ambroisie pourvoyeuse de vie (soma amṛta). En décroissant graduellement, elle diffuse le nectar d’ambroisie céleste afin de nourrir d’objectivité l’univers entier. Elle dispense la nourriture y compris chez les dieux et les mânes (les âmes des morts), et aussi au Soleil et à tous les autres corps cosmiques. Elle nourrit également les corps, les sens et l’esprit de l’homme. Pendant la quinzaine claire, alors que la Lune croît, elle réabsorbe graduellement en elle-même depuis sa source cachée ce qu’elle a perdu durant la

quinzaine sombre. De cette manière la lune qui est constituée de quinze unités (kalā), croît et décroît perpétuellement. Ce processus de nourrissement cyclique et d’auto-régénération prend racine dans une réalité immuable et sous-jacente persistant comme l’élément permanent qui garantit la continuité et la régularité du processus. Cette 16eme division subtile, bien qu’invisible est la source de toutes les autres divisions et finalement celle qui nourrit l’univers entier (viśvatarpiṇī). On l’identifie alors à l’énergie divine de l’émission (visarga) de la Conscience Absolue qui renouvelle sans cesse toute la création.



Hatha Yoga


Dans certains textes anciens, Ha est le Soleil et Tha est la Lune. Selon cette vision, le Hatha Yoga est alors l’Union du Soleil de la Lune dans la voie médiane du corps subtil ou suṣumṇā nāḍī. Le Hatha Yoga est ainsi l’art de l’union dans le corps subtil de la Lune et du Soleil.


Le Soleil est le feu présent dans le centre du ventre (manipura cakra) et la Lune est le Soma présent dans le centre du front (ajña cakra). L’amṛta, quant à elle s’écoule depuis la fontanelle (brahmarandhra), rempli de soma le centre du front et se déverse par gouttelettesdans le centre du ventre pour y être brulé. L’individu n’est autre que l’Esprit suprême incarnant le sacrifice cosmique de l’Être qui se dévore Lui-même pour sa propre connaissance et sa seule jouissance.


De part les cycles de la Shakti, l’Être s’est éveillé à Lui-même et par la Grâce infinie de son Être, il s’est dirigé résolument et passionnément vers la Connaissance de son Immense Personne. L’Être est d’une nature infiniment gracieuse, contenant en son sein une richesse sans limite. Il est difficile de comprendre cette expression phénoménale et passionnée de Soi, mais elle provient de ce jeu de miroir entre la Conscience et l’Energie. De par cette seule prise de conscience et l’énergie qui en émane, l’Être éprouve l’élection à la Vie Divine et de seul sentiment ressent une jubilation et une jouissance toujours renouvelées.


L’élection à la Vie Divine est le moteur de toutes les formes d’existences, elle est également le but du yoga en ce sens que la discipline yogique permet de revenir à la Source, d’éprouver en soi l’Union de l’Être et de sa divine Énergie. Cette conscience de se savoir affecter provoque l’écoulement d’un nectar d’immortalité, qui perle en un fluide séminal, véritable ambroisie céleste (amṛta). Rien ni personne ne peut contrecarrer cette aventure amoureuse et cela est

l’apport fondamental de la vue tantrique.


Ressentir, comprendre, savourer, participer à cette élection à la Vie Divine de l’Être Cosmique est le summum bonum de l’existence humaine. C’est également l’effondrement du karman, car l’individu a désormais la certitude absolue que les meilleures actions sont celles qui permettent de rester en communion avec cette Grande Âme. Le yogin illuminé par la Grâce de l’Être, offre tout le fruit de ses actes à la Conscience Absolue et ne désire qu’une seule chose : goûter à ce miel, à cette ambroisie céleste, à savourer cette union de Shiva-Shakti en son sein, le Père-Mère,

Paramashiva le guru cosmique qui détient tous les devenirs et les conduit à Lui.


« Tout ce qui est mien, ô Puissant Seigneur ! Parole, esprit, action et mon corps même, que tout cela, par Ta grâce, soit seulement l

a parure de Ta réalité. » Stavacintamani de Bhattanarayana, traduction de Lilian Silburn.


Om Namah Shivaya


Auteur : Michel Chauvet

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